Article publié dans le Figaro : http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/la-france-championne-de-l-impots-mania-20190920

Virginie Pradel prêche essentiellement à des convaincus: selon un sondage Le Monde/Ipsos qu’elle cite en préambule, 7 Français sur 10 estiment qu’ils contribuent trop au système fiscal au vu des avantages sociaux qu’ils en retirent. Rien de bien nouveau: la Gaule est championne d’Europe des prélèvements obligatoires, et lorsqu’il s’agit de rendre à César, les Gaulois sont plutôt… réfractaires.

Pour épancher leur malheur, la pétillante fiscaliste est sur tous les fronts et s’est décidée à tenter l’impossible: résumer, en une synthèse admirable de simplicité tant le sujet qu’elle traite est complexe, quelles sont les racines de cette Impôts-mania nationale.

Cocorico! Voilà bien une discipline olympique dans laquelle l’or ne pourra jamais nous échapper: le «génie fiscal». Notre «manie nationale des impôts» est servie par de zélés administrateurs, appuyés par des parlementaires complaisants, dont l’art est de trouver sans cesse de nouvelles combinaisons pour ponctionner le contribuable. Et qu’importe que l’actuel chef de l’Etat ait un jour promis, pendant la campagne présidentielle, qu’il n’y aurait «aucun impôt nouveau» sous son quinquennat: au génie fiscal correspond un génie lexical – celui qui consiste à habiller les prélèvements obligatoires que l’on crée presque chaque semaine d’une terminologie plus doucereuse. En la matière, la langue de Molière rivalise de synonymes! Ne dites plus «impôt» ou «taxe», mais parlez plutôt de «contribution», de «participation», de «cotisation»… Voire de «taxe additionnelle à la taxe» ou même de «contribution exceptionnelle sur l’impôt»!

Au risque, accuse Virginie Pradel, de générer une opacité perverse dont l’effet est de rendre parfaitement invisible au citoyen lambda la somme réelle de prélèvements obligatoires dont il s’acquitte. «Notre bric-à-brac fiscal est l’apanage de hauts fonctionnaires de Bercy et d’une petite élite de fiscalistes», regrette-t-elle. Il y a plus grave encore: dans cette confusion généralisée, les gouvernants utilisent à loisir le levier de l’impôt pour s’adonner à une «fiscalité spectacle». Certaines annonces font donc grand bruit quand d’autres sont tues: combien de contribuables avertis savent, par exemple, que la dernière loi de finances a aménagé un dispositif fiscal très avantageux pour les résidents londoniens qui se sont réfugiés à Paris après le Brexit… en compensant la perte de recettes par une nouvelle taxe sur le tabac?

Le mérite du livre est de divulguer au grand public certains des secrets les mieux gardés de la fiscalité française. Le résultat est cruel: ainsi mise à nu, la puissance publique peine à masquer en réalité son impotence. Amputé peu à peu, sur l’autel de la construction européenne, de ses principaux leviers de politiques publiques, le monarque n’a plus que la fiscalité pour donner l’illusion de gouverner encore. Pourtant, plaide Virginie Pradel, il suffirait d’un peu de volonté politique pour mettre fin à la gabegie. Les solutions existent: elles sont dans son livre!


Erreurs de contenu :

p. 26. c’est « contribution économique territoriale (CET) » et non « contribution foncière des entreprises (CFE) ». La CFE est l’acronyme de cotisation foncière des entreprises qui est une composante de la CET.

p. 27. La taxe carbone est une composante des taxes sur les énergies fossiles (TICPE, TICGN), à l’exclusion des taxes sur l’électricité.

Précision :

p.43. Les montants indiqués s’agissant de la taxe en cas de changement matrimonial doivent être divisés par deux.

p.77 et s. S’agissant des cotisations patronales  sur la fiche de paie, j’écris qu’elles ne sont pas affichées (p. 77) et pas visibles (p. 80). C’est bien entendu une image destinée à interpeller le lecteur. Elles sont effectivement affichées (tout le monde a déjà vu une fiche de paie) mais non affichées explicitement comme venant réduire le salaire extra-brut ou complet du salarié. Autrement dit, elles sont affichées sans l’être.

 

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